De se souvenir.
Il s'agit donc de dire des choses justes,
pas trop confuses.
Pour réussir à en parler
tout en parlant de nous.
Parfois pour y parvenir, il faut emprunter
quelques mots à d'autres.
de nommer les choses, une
à une, platement,
les énumérer, les dénombrer,
de la manière la plus
banale possible,
de la manière la plus précise
possible,
en essayant de ne rien
oublier
On fait le tour de ce qui est accroché aux murs,
de ce qui est rangé dans des albums.
On ouvre les placards, on scrute les étagères,
remplis de ces objets offerts,
de ceux récupérés et de ceux transmis.
On se rappelle des moments
que nous avons partagés,
et des histoires qu'on nous a racontées.
On se rend compte alors
que le passé le plus proche
peut être parfois celui
qui laisse le moins de traces.
Que le plus lointain,
est aussi le plus imprécis.
Rien ne distingue les souvenirs
des autres moments.
Ce n'est que plus tard
qu'ils se font reconnaître.
Parce qu'ils restent.
Parfois surgissent.
Progressivement se mélangent,
s'estompent un peu, beaucoup.
Qu'ils soient accrochés à des photos,
écrits dans des cartes postales,
servis par une vieille vaisselle
ou même posés sur un bibelot.
Ces efforts pour ne pas oublier
ne garantissent pas qu'un jour
ils ne seront pas effacés.
Aux autres alors
de se souvenir pour nous,
jusqu'au moment
de se souvenir de nous.
Citations :
Petits, quand on nous demandait ce que faisait dans la vie notre grand-père nous pouvions répondre, non sans frimer un peu, qu’il avait présenté la météo à la télé. Bien qu’en réalité on ne se souvient pas réellement l’avoir déjà vu à l’œuvre, pensant même que son métier avait toujours été « la retraite ». Cependant on nous l’avait bien dit, Pépé avait travaillé à la météo et il était même passé à la télé. La télé, l’objet roi et troisième voix de la maison, le compagnon de tous les repas dont il était bien difficile de prendre le contrôle sur les journaux de 13h et 20h, sur le tour de France ou encore sur les émissions de Jacques Martin ou Michel Drucker. Mais nous, les petit-enfants, nous avions les ruses pour lui détourner ses programmes, et lui sans doute le cœur trop tendre à notre égard pour généralement nous laisser gagner à la fin.
Remplir le vide avec du rien.
Dans ce que je mange. Dans ce que je scrolle. Dans ce que je regarde à la télé, dans ce que je lis.
Jusque dans les autres parfois.
Le vide partout, rempli par du rien.
Je sais pas si c'est celui qui habite mon dedans qui s'est mis à envahir l'extérieur,
ou si c'est l'inverse,
mes entrailles qui se font cannibaliser par le monde ?