Smiley face

Devoirs de vacances

J’ai dix ans, je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai dix ans. Ce matin je me suis réveillé les cheveux en pétard, la maîtresse avait envahi mes rêves qui s’étaient alors transformés en cauchemars. J’étais en retard pour aller à l’école car maman avait oublié de me réveiller. Hier, je n’ai pas fait mes devoirs parce que les copains sont passés me chercher pour aller jouer au foot. Je suis rentré après l’heure autorisée, alors papa m’a grondé et j’ai dû aller me coucher sans même avoir le droit de manger. Je vais encore me faire punir. Tant pis ! Je ferai un truc vite fait dans le bus, pour faire croire quand même que j’ai un peu travaillé, parce que ça fait déjà trois fois ce mois-ci que mon chien a mangé mon cahier.

La vérité c’est que je n’ai jamais eu de chien, que mon réveil sonne toujours assez fort pour ne pas que je loupe une matinée, et qu’en plus de cela ma femme prend soin d’ouvrir les volets dès qu’elle se lève, m’éblouissant alors, non pas de sa beauté qui n’est plus trop d’actualité, mais de la lumière qui pénètre dans la chambre directement en direction de mon oreiller. Quant à mes cheveux, ils se résument à une calvitie très prononcée, bien qu’avant je prenais un soin précieux à les mettre en place pour espérer faire bonne impression à mon patron. Je crois d’ailleurs, qu’une fois marié, j’ai davantage travaillé à tenter de séduire mon directeur que ma femme qui l’était déjà.

Je ressors mes vieux devoirs de vacances qui datent de l’époque où ma mère aimait jouer à la maîtresse et me pourrir mes étés. Je ne lui en veux pas, je fus son jouet préféré, ce qui est sans doute la seule chose que j’ai réussi dans ma vie. Je les découpe et les mâche, puis les écrase et les brûle. Je hais cette époque, j’étais mauvais au football parce que j’étais gros. Alors les copains se moquaient de moi, et n’étaient en fait pas des copains. Aujourd’hui je suis encore plus gros, et comme j’ai toujours été mauvais en tout, j’ai un boulot ennuyeux et mal payé, une voiture presque aussi vieille que ma mère, une maison qui ne m’appartient pas et une femme presque aussi laide que moi.

Je ne sais pas vraiment pourquoi j’avais gardé ces vieilles punitions, mais ce qui est sûr c’est que de les détruire n’a rien changé : je suis toujours ce petit garçon trop gros qui va rater sa vie.