Smiley face

Coups de couple

Avant de battre ma femme je buvais. J’avais fini par arrêter parce qu’on n’avait plus les moyens, car tout ce qu’elle gagnait en faisant ses ménages je m’empressais de le dépenser en bouteilles d’alcools bas de gamme, en compagnie desquelles je pouvais cracher sur le monde en toute liberté. Je suis au chômage depuis quatorze ans, tous les chômeurs ne boivent pas mais moi oui. Je n’avais ni de collègues sur lesquels jaser, ni de patron à détester, j’avais juste mes bouteilles et ma femme qui m’aimait de tout son cœur et espérait à tout prix que je trouve enfin un boulot pour qu’on puisse élever un môme. Si elle en avait voulu deux comme tout le monde ça aurait simplifié les choses. J’aurais pu continuer à ne pas travailler, les allocs se seraient occupées du reste. Moi je ne voulais pas d’enfant de toute manière. Alors je n’ai pas cherché de travail et j’ai arrêté de boire ; puis j’ai commencé à frapper ma femme. La première fois juste une gifle, parce qu’elle m’avait traité de fainéant, et comme c’est la vérité, et que ce n’est pas la société qui est responsable de ma situation comme je le dis toujours quand je suis saoul ; et bien je l’ai giflée. J’étais à jeun, je savais qu’elle avait raison, que je suis un fainéant, mais je ne voulais pas le savoir, je ne voulais pas qu’on me le dise, je voulais que le monde continue de s’apitoyer sur mon sort. Alors c’est parti, il n’y avait pas d’autre réponse envisageable. Puis elle s’est excusée.

Il a fallu des mois pour que j’ose enfin lever une nouvelle fois la main sur elle. Sans raison cette fois. Le film était terminé, elle s’est levée pour débarrasser la table et lorsqu’elle pris mon assiette dans laquelle se battaient trois croûtes de fromage, je me suis mis debout lentement. Elle me regarda sans bouger, l’air étonné, nous nous fixions, et au bout de quelques secondes lorsque je ne pouvais plus tenir mes yeux vers les siens sans cligner, je lui ai donné une grande baffe. Mon assiette qu’elle tenait dans sa main a volé sur le sol et s’est fracassée. J’ai saisi ma femme fermement par le bras en lui gueulant de ramasser au plus vite, puis de faire plus attention à la manière dont elle entretenait cette maison. Elle s’est accroupie pour récupérer les morceaux de porcelaine, alors je n’ai pas pu m’empêcher de lui infliger un violent coup pied dans le flanc gauche. Elle s’étala par terre, un morceau de l’assiette lui découpa la joue, du sang se répandit sur le carrelage. Je lui donnais un autre coup de pied dans le ventre afin de l’entendre cracher, avant de partir prendre une douche. Je me fis même couler un bain, bien qu’on se l’était interdit pour ne pas avoir de factures d’eau trop importantes, ce soir-là je m’en foutais royalement. Je me fis couler un bain brûlant et y ajouta plein de mousse. Je pense en avoir profité environ dix minutes, le temps de me relaxer, avant que cela m’ennuie, alors je suis allé me coucher. J’entendais ma femme pleurer. Elle s’est nettoyée le visage et est venue se coucher près de moi, nous avons fait l’amour, elle me répétait à quel point elle m’aimait, je crois même qu’elle eut un orgasme.

« C’est pas la peine de m’ennuyer avec tout ça, tu sais que je n’y arriverai pas. Tu sais que j’aime ça : je te vois le matin, je te baise la joue puis je te fais l’amour ; tu pars travailler en prenant soin de me préparer de quoi manger le midi. Je ne fais rien de ma journée, je regarde la télé. Je ne bois plus, je fume un petit peu. Je te vois le soir, je te gifle la joue puis je te fais l’amour. Je te vois le soir, je te gifle la joue, je te donne un coup de poing dans les reins, je te viole sur le carrelage du salon. Ne m’en veux pas je t’aime. Je ne veux pas te tuer, tu le sais que je ne veux pas te tuer. »

Quand je me demande pourquoi je lui fais ça, je ne me réponds pas. Quand je lui demande pardon je ne sais pas pourquoi ; alors je lui offre un bouquet de fleurs pour effacer les marques que je lui laisse sur le corps et ne lui demande rien. Quand elle s’excuse je ne trouve pas ça suffisant, et quand elle me remercie je comprends. Je comprends qu’elle est folle. Je ne supporte pas d’avoir une folle pour femme. Je crois en fin de compte que c’est de sa faute, je crois qu’elle aime ça bien plus que moi, je crois qu’elle me l’avait demandé parce que je ne suis pas quelqu’un de violent par nature, c’est elle qui m’a rendu cruel.