Smiley face

A notre grand-père

Petits, quand on nous demandait ce que faisait dans la vie notre grand-père nous pouvions répondre, non sans frimer un peu, qu’il avait présenté la météo à la télé. Bien qu’en réalité on ne se souvient pas réellement l’avoir déjà vu à l’oeuvre, pensant même que son métier avait toujours été «la retraite ». Cependant on nous l’avait bien dit, Pépé avait travaillé à la météo et il était même passé à la télé. La télé, l’objet roi et troisième voix de la maison, le compagnon de tous les repas dont il était bien difficile de prendre le contrôle sur les journaux de 13h et 20h, sur le tour de France ou encore sur les émissions de Jacques Martin ou Michel Drucker. Mais nous, les petit-enfants, nous avions les ruses pour lui détourner ses programmes, et lui sans doute le coeur trop tendre à notre égard pour généralement nous laisser gagner à la fin.

Plus tard, à la même question, nous disions avec un brun d’humour cette fois, qu’il faisait des courses à Cora. Ou Leclerc, Carrefour, Casino et tous le même jour. Les grandes-surfaces étaient son terrain de jeu pendant que le nôtre était les pièces infinies et jardins immenses des maisons de vacances. De la forêt d’Hardelot à la piscine d’Agay, des chambres jaune, rose, bleue, en passant par les garages, bureaux et buanderies, ce furent pour nous tout autant de champs de batailles, de terrains de sport, de commissariats et de scènes de crimes. Il avait passé du temps à dessiner ses maisons et faire pousser ses jardins, et aujourd’hui avec un peu de recul on peut se dire que c’était bien pour qu’en famille on leur fasse prendre vie.

Ces dernières années, pour trouver une réponse il était plus simple de dire qu’il vieillissait. Mais si ce n’est pas toujours beau à voir, ni agréable à vivre, ni reposant à s’occuper, vieillir a la faculté de nous préparer un peu. Vieillir, c’est avoir l’élégance de donner du temps aux autres pour qu’ils se fassent doucement à l’idée. Pépé nous aura donné ce temps précieux pour comprendre qu’il devenait un homme si vieux que ce jour où nous nous réunissons autour de lui approchait. Si bien que des petit-enfants que nous étions, ce temps a aussi fait de nous des adultes ; mais se souvenir de lui et du grand-père qu’il a été nous ramènera toujours à notre enfance et à ce qui fait de nous des cousines et des cousins.

Grand-père