Smiley face

900 g

J’ai recherché ton nom dans Google, je t’ai trouvé mille fois, mille toi qui n’avaient rien à voir. Toi ailleurs et très loin, toi plus vieux, toi enfant. Je t’ai trouvé femme et homme, je t’ai trouvé fou, nu, sale, vulgaire, bête…

J’avais grandi dans l’idée qu’on pouvait tout avoir et qu’on avait le temps. De cette idée est née mon envie du rien et mon attitude pressée. Alors qu’on nous inculquait un besoin de drame dans une vie trop calme, j’attendais que les choses arrivent ; que quelque chose arrive enfin. On nous donnait le droit d’avoir tout ce qu’on voulait. On nous ôtait l’envie d’avoir juste ce qu’on pouvait. On nous disait qu’il suffirait de lever en l’air nos deux bras pour réussir à toucher le bout du ciel qu’on ne nous permet pas. On nous apprenait que le sourire ne serait plus photogénique, si bien que si la chance se pointe, notre sale gueule habituelle suffirait à lui faire croire qu’on ne la voit pas. Alors elle repartirait l’air innocent, nous laissant nous complaindre de notre préférence à jouir seul, à jouir de nous-même.

J’ai gardé mes bras bien contre moi, parce que le ciel ici ne m’intéresse pas. Parce que le doigt levé et la main sur la queue je t’emmerde Monsieur et je t’emmerde Madame, parce que tu me regardes de haut sans même apercevoir ce qu’il se passe en bas.

900 grammes, c’est le poids qu’on fait lorsqu’on s’envoie en l’air. C’est la taille de l’idée qui bouscula ma mère, c’est l’abris dans lequel je peux quitter la Terre, c’est l’envie qu’on nous donne et l’avis qui nous perd. 900 grammes, c’est cette bulle qui plane en grimpant doucement, qui atteint des sommets et explose à temps. 900 grammes, c’est tout l’espace qu’il nous reste, c’est toute la place qu’on nous laisse, c’est toutes ces frasques qui nous blessent. C’est une chanson qui crie, c’est une guerre civile, c’est un faux-calme qui séduit la crise. 900 grammes c’est tout ce que l’on pèse.